De la formation historique du réseau des méridiens (Jīng Luò 經絡)
Reprise d'un article écrit par Patrick Nguyen dans La Revue Française de Médecine Traditionnelle Chinoise (1987)
I. Les textes de Mǎ Wángduī 馬王堆 et leurs interprétations
Le système des méridiens (Jīng Luò 經絡) est défini comme un réseau de vaisseaux qui relient toutes les parties du corps humain. Sa fonction principale est d’harmoniser les échanges entre le haut (shàng 上) et le bas (xià 下), la droite (yòu 右) et la gauche (zuǒ 左), la surface (biǎo 表) et la profondeur (lǐ 裏). Ce système permet de rendre intelligibles l’apparition et la migration des manifestations pathologiques. Il constitue la base des processus diagnostiques et thérapeutiques, notamment l’acupuncture (zhēn 針), la moxibustion (jiǔ 灸) et le massage (àn 按).
Sous une forme déjà stabilisée, ce système apparaît dans les premiers textes fondateurs : le Nèi Jīng Sù Wèn 《內經·素問》 et le Nèi Jīng Líng Shū 《內經·靈樞》. Dès la lecture de ces sources classiques, les chercheurs se sont posé trois questions essentielles : Quelle est l’origine de ce système ? Comment s’est-il formé ? Quelle en est la signification profonde ?
C’est à ces interrogations que nous tenterons de répondre, en examinant les travaux les plus récents et les discussions suscitées par les découvertes archéologiques de Mǎ Wángduī 馬王堆.
1. Premier modèle de reconstitution : le système Jīng Luò 經絡 comme théorie d’intégration des points d’acupuncture (xué 穴)
Un premier modèle interprétatif, aujourd’hui dominant, postule l’antériorité des points (xué 穴). Dans cette perspective, l’identification clinique et thérapeutique des points aurait précédé et préparé la constitution du concept de méridien (jīng 經) et la reconnaissance du phénomène Jīng Luò 經絡, entendu comme « sensation propagée le long des trajets lors de la puncture ». Autrement dit, ce sont les points qui, progressivement mis en relation, auraient donné naissance à la théorie des méridiens. Cette hypothèse est notamment défendue par Méng Zhàowěi 孟昭巍.
A. Les étapes de formation du système
Néolithique (avant le IIIe millénaire av. J.-C.)
– Cautérisation (jiǔ 灸) des plaies et blessures.
– Cure d’abcès et saignées par aiguilles de pierre (biān shí 砭石).
– Détermination et dénomination de points (xué 穴) en fonction de leur localisation et de leurs propriétés remarquables.Âge du Bronze (à partir du XVe siècle av. J.-C.)
– Regroupement des points présentant des propriétés analogues en canaux-méridiens (jīng 經).
– Dépassement de l’empirisme initial grâce à l’intégration dans la théorie du yīn 陰 yáng 陽.Âge du Fer (surtout après le IIIe siècle av. J.-C., en relation avec l’unification impériale sous les Hàn 漢)
– Confrontation du système des méridiens avec les observations anatomiques du système vasculaire.
– Mise en relation de la théorie des Jīng Luò 經絡 avec celles du Sang (xuè 血) et du Qì (qì 氣), ainsi qu’avec les Organes et Entrailles (zàngfǔ 臟腑).
– Intégration dans le système général des Correspondances (wǔ xíng 五行, Cinq Mouvements).
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