Diagnostic par le mouvement, continuité myofasciale et 經筋 jīng jīn
Supériorité clinique et méthodologique des 經筋 jīng jīn sur les approches myofasciales contemporaines
Depuis plusieurs décennies, les approches dites myofasciales occupent une place croissante dans le champ des thérapies manuelles. Elles mettent en avant la continuité tissulaire, la transmission des contraintes mécaniques et l’importance du mouvement dans l’expression de la douleur. Ces éléments sont souvent présentés comme des découvertes récentes, issues des progrès de l’anatomie moderne et de la biomécanique.
Une lecture rigoureuse des textes fondateurs de la médecine chinoise classique conduit pourtant à un constat radicalement différent. Le 黃帝內經 Huángdì Nèijīng, et plus particulièrement le 靈樞 Língshū, propose depuis plus de deux millénaires un cadre clinique complet fondé sur l’observation du mouvement, de la tension, de la traction et de la douleur provoquée. Le chapitre 13 du 靈樞 Língshū, consacré aux tendons-méridiens (經筋 jīng jīn), décrit avec une précision remarquable des formes pathologiques du mouvement, organisées selon des critères directionnels et segmentaires, et directement utilisables dans la pratique clinique.
L’objectif de cet article est de démontrer que les approches myofasciales contemporaines ne représentent qu’une redécouverte partielle et tardive d’un modèle clinique bien plus abouti, déjà pleinement opérationnel dans le Neijing. Autrement dit, ce n’est pas l’anatomie moderne qui valide le 靈樞 Língshū, mais le 靈樞 Língshū qui permet de comprendre pourquoi certaines approches myofasciales produisent, parfois, des effets cliniques.
Le chapitre 13 du 靈樞 Língshū est résolument clinique, centré sur les manifestations corporelles observables lors de la mise en tension et du mouvement. Les pathologies des 經筋 jīng jīn y sont décrites à l’aide d’un vocabulaire clinique précis et répétitif :
痛 tòng, douleur
急 jí, contraction aiguë
轉筋 zhuǎn jīn, spasme tendineux
不伸 bù shēn, impossibilité d’extension
不屈 bù qū, impossibilité de flexion
反折 fǎn zhé, flexion ou extension inversée
引 yǐn, traction
身偏 shēn piān, déviation corporelle
Le diagnostic par le mouvement, implicitement décrit ici, repose sur une idée simple et radicale : la pathologie se révèle dans le mouvement contrarié car la mise en tension dynamique fait apparaître douleur, blocage ou déviation. Ce diagnostic repose sur l’observation de gestes simples, sans charge, explorant les capacités fondamentales du corps :
flexion
extension
rotation
inclinaison
Ce qui importe c’est la direction dans laquelle le mouvement devient limté, douloureux ou compensé. Cette direction constitue le premier critère diagnostique. Le modèle des 經筋 jīng jīn repose en effet sur une structuration rigoureuse, absente des approches myofasciales contemporaines. Toute limitation observée dans le mouvement relève nécessairement de l’une des trois orientations suivantes :
une mise en tension postérieure, relevant de 太陽 tài yáng et 少陰 shào yīn
une mise en tension antérieure, relevant de 陽明 yáng míng et 太陰 tài yīn
une mise en tension latéro-médiale, relevant de 少陽 shào yáng et 厥陰 jué yīn
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