Îlots de cohérence, biotenségrité et restauration du modèle cosmologique du 黃帝內經 Huángdì Nèijīng

« Lorsqu’un système complexe est loin de l’équilibre, de petites îles de cohérence dans un océan de chaos ont la capacité de faire basculer l’ensemble vers un ordre supérieur. »

Cette formulation d’Ilya Prigogine exprime une loi structurale des systèmes ouverts. Un système dissipatif soumis à des flux d’énergie ne revient pas mécaniquement à un état stable antérieur. Il traverse des instabilités, amplifie des fluctuations locales et, à certains seuils critiques, bifurque vers une organisation nouvelle.

Cette compréhension change radicalement notre manière d’aborder le vivant.


Le vivant comme système loin de l’équilibre

Un organisme est un système ouvert, traversé en permanence par des flux mécaniques, biochimiques et électromagnétiques. Sa stabilité est dynamique et nous pourrions dire respiratoire.

Penser l’univers comme un phénomène respiratoire est une intuition métaphysique profonde que l’on retrouve, sous des formes diverses, dans plusieurs traditions majeures de l’humanité. Elle suppose que le réel est un processus, une dynamique rythmique. L’être se déploie et se recueille,  s’expanse et se contracte, inspire et expire.

Dans la pensée indienne, le prāṇa est un principe cosmique. L’univers procède d’un souffle originaire. Dans certaines formulations brahmaniques et purāniques, le monde apparaît lors de l’expiration du principe créateur et se résorbe lors de son inspiration. La manifestation est une phase du rythme absolu. Le temps lui-même devient cyclique, scandé par cette respiration cosmique.

Le monde héllénistique a connu une intuition comparable. Chez Anaximène, le principe premier est l’air, ἀήρ, dont les variations de densité produisent les formes du monde. Plus tard, le stoïcisme parlera du pneuma, souffle igné qui pénètre et structure la matière. Le cosmos y est conçu comme un organisme animé par un principe pneumatique. Il traverse des phases d’expansion et de résorption, dans une cyclicité où la conflagration finale est un retour au feu originel avant un nouveau déploiement. Là encore, le monde est un être vivant.

La Chine ancienne exprime cette même structure sous un langage différent. Le 氣 qì est un substrat de transformation. Le mouvement fondamental du réel est celui du 陰 yīn 陽 yáng. Cette alternance est respiration. Expansion, condensation, ouverture, fermeture. Les saisons, les cycles biologiques, les variations climatiques et physiologiques sont autant de modulations de cette pulsation cosmique. 

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